Les changements de pratiques professionnelles en arts plastiques

L’approche par compétence va changer radicalement nos pratiques enseignantes. Centré sur les élèves, c’est tout un autre processus de repérables en matière d’évaluation et d’enseignement qui va se mettre en place.

«  l’analphabète de l’an 2000, ne sera pas celui qui ne saura ni lire ni écrire, mais celui qui ne saura apprendre, désapprendre et “ réapprendre ”  ». Toffler (1)

Ce qui change pour l’enseignant :

Un enseignant ne sera plus au centre de la classe : un enseignant qui pense un cadre pour faire acquérir des apprentissages et qui au cours des séquences intervient comme déclencheur, simulateur, animateur en organisant la parole à l’oral ainsi que le travail pratique.

Un enseignant davantage tourné vers l’animation et l’accompagnement : il ne s’agira plus de donner une consigne puis de noter le résultat final mais bien de suivre chaque élève dans sa progression et dans ses apprentissages. Les mises en commun faites par les élèves, cadrées par l’enseignant, permettront aux élèves d’intérioriser et de communiquer leur singularité leur production et de les relier aux oeuvres d’art proposées. L’enseignant devient un initiateur de découvertes : un passeur d’art.

Un enseignant qui suit le processus de développement des élèves : lors des mises en commun ou à l’oral de manière individuelle, le professeur veillera à ce que tous les élèves s’expriment et mesurera les avancées de chacun, au fur et à mesure du déroulement de la séquence.

Ce qui change dans les contenus :

Des contenus qui seront abordés de manière horizontale (pair to pair) et non plus verticale (descendante) : le mode d’apprentissage est davantage tourné vers le socio-constructivisme où l’élève élabore ses contenus d’apprentissages avec ses pairs.

Des contenus pensés en terme de progression : la progression spiralaire (voir article) est ce qui donne du sens et une impulsion aux apprentissages. Les notions seront abordées de façons de plus en plus élaborées et complexifiées.

Des contenus qui favorisent la découverte : la mise en place de situations problèmes (voir article) permettra aux élèves de d’endosser la posture de l’explorateur et de l’expérimentateur. (voir article) « L’objet et le sujet sont des entités dans le développement de la connaissance. (…) Les structures cognitives du sujet sont les filtres à travers lesquels la réalité est observée et interprétée ». Lapointe 1996, p 11

Des contenus enchâssés en cycles et approfondissement : les contenus s’enchaîneront avec une logique interne de progression et d’approfondissement. Les élèves ainsi pourront réellement réinvestir ce qu’ils auront appris ou testé.

Ce qui change dans les dispositifs d’enseignement :

Des dispositifs qui favorisent le recul réflexif de l’élève : les mises en commun permettront aux élèves d’acquérir d’abord collectivement ce recul réflexif qu’il va s’approprier au fur et à mesure des séquences.

Des dispositifs qui montrent les apprentissages en jeu : les dispositifs sont explicites et les élèves savent quels vont être les natures de leurs apprentissages. Lors des mises en commun, ceux-ci seront identifiés.

Explication des processus d’apprentissages:

Ce qui change pour les élèves :

Des élèves acteurs de leur projet : la progression spiralaire en cycles 2,3,4 favorise la pédagogie de projet. Les élèves deviennent les constructeurs de leurs apprentissages.

Des élèves acteurs dans un travail coopératif : le travail coopératif n’est pas seulement dédié à la pratique. L’exercice de la mise en commun aussi. L’enseignant devra veiller à ce que tous les élèves s’impliquent dans leur projet.

La parole au centre de la structuration des apprentissages : c’est bien la parole qui structure les apprentissages car sans elle, l’élève reste dans « sa bulle » sans lien avec ce et ceux qui l’entourent. La parole atteste l’acquisition de ces compétences visées. L’élève n’est pas seulement au coeur des apprentissages mais ce sont bien ces apprentissages qui sont eu coeur de l’élève.

La parole au coeur de l’évaluation : l’évaluation formative est basée sur les débats entre  les élèves au moment de la mise en commun à partir des productions.

Ce qui change dans l’évaluation :

Evaluation cycle 2 :

Evaluation cycle 3 :

Evaluation cycle 4:

Une évaluation qui n’est plus centrée sur le résultat mais les apprentissages : il y aura de réels indicateurs pour baser son évaluation qui ne sera plus une simple estimation du résultat. L’élève doivent trouver des solutions pour dépasser les consignes.

Une évaluation qui porte sur la capacité à l’élève à adopter une attitude réflexive : c’est là le coeur de l’évaluation: c’est le but que poursuivent les cours d’arts plastiques: faire émerger cette posture réflexive aux élèves: qu’est-ce que je fais ? Pourquoi je le fais ? Comment je le fais ? Quelles sont les incidences de mes choix ? Mon intention est-elle reçue par mes pairs ?

Une évaluation centrée sur les compétences des élèves : Les capacités des élèves sont au coeur de cette évaluation : elles sont liées aux domaines du socle commun de connaissances, de compétences et de culture.

Une évaluation formative centrée sur les progrès des élèves : l’élève devra pourvoir mesurer ses avancées au fur et à mesure des évaluations.

Une évaluation explicite et non implicite : les critères de l’évaluation devront être connus des élèves qui pourront eux-mêmes constater leurs progrès.

Une explicitation de cette évaluation : l’enseignant devra être en mesure d’expliquer cette évaluation formative de manière intelligible pour l’élève. Le SCCC étant son outil principal.

Une évaluation sommative très ponctuelle (fin de séquence, fin de cycle) : c’est une évaluation qui permet de faire le bilan de ce qui a été appris en classe. Elle doit reprendre les apprentissages de la séquence ou du cycle et peut prendre plusieurs formes.

Conclusion :

Le SCCC va prendre de plus en plus d’importance à tel point qu’il faudra se poser la question de la note chiffrée. Cette note instaure un système vertical ou pyramidal dans la classe avec également un climat de compétition entre les élèves ce qui est contraire à la coopération visée par cette évaluation par compétences. Les programmes ré-axent les savoirs autour des compétences: la finalité de l’enseignement est l’acquisition des compétences et que celles-ci soient intégrées par les élèves.

(1) http://theses.ulaval.ca/archimede/fichiers/20640/ch03.html, Kim Liên Do, MBA

Pour aller plus loin: un article « enseigner par compétences » ici:

https://perezartsplastiques.com/2017/05/30/enseigner-par-competences/