Les Quinconces, entre modernité et hommage

Drôle de description à première vue, pour une place érigée il y presque deux cents ans. Et pourtant…

Moderne, parce que la place est bâtie là où se trouvait le Château Trompette, dont nous avons déjà parlé dans un précédent article. Dans cette optique, la place s’inscrit dans le mouvement de réaménagement de la ville, que l’architecte Victor Louis ou le marquis de Tourny, Intendant de Guyenne, avaient initié plus tôt.

C’est somme toute assez logique lorsqu’on voit la situation géographique de la place, accolée aux Allées de Tourny et au Grand Théâtre. Les immeubles qui font le lien entre la place et les Allées de Tourny, disposés en arc de cercle, ont d’ailleurs aussi été inspirés par Victor Louis.

Le décor est planté. La construction de la place s’étale sur dix ans entre 1818 et 1828, un grand rectangle de 120 000m², qui en fait la plus grande place de France. Les nombreux arbres plantés de part et d’autre ne donnent pas cette impression de grandeur. Ce sont d’ailleurs ces derniers qui ont plus tardivement donné le nom à la place, du fait de leur disposition géométrique en quinconce.

Reste à orner la place d’un monument à sa hauteur… Mais que choisir ? Dans un premier temps, deux colonnes sont érigées à l’extrémité de la place, côté fleuve, rappelant l’importance du commerce et de la navigation dans l’histoire de la ville.

«  Bordeaux, l’antique emporium, fut toujours une ville commerçante. Autour de son port, avec des vicissitudes diverses, se groupèrent des marchands qui, par l’audace de leurs entreprises, la prudence de leur gestion, leur probité professionnelle portèrent à un si haut développement la fortune de leur Cité en même temps que la leur propre et, depuis le XVIIIème siècle, firent de Bordeaux l’un des premiers et des plus riches centres commerciaux de notre Pays. »

Extrait du discours prononcé en 1934 pour le soixantième anniversaire de l’ESC de Bordeaux

Mais comme je le disais, reste à orner la place d’un monument… à sa hauteur !
En 1821, pendant la construction de la place, est décidée l’érection d’un monument en mémoire de Louis XVI, dernier Roi de France sous l’Ancien Régime, guillotiné à Paris en 1793. Un monument à la gloire d’un roi, une trentaine d’années après la Révolution Française, me direz-vous ? Oui, Bordeaux était politiquement à majorité royaliste en ce temps. Pour ne pas faire les choses à moitié, c’est une gigantesque statue de bronze qui est commandée. Néanmoins, l’instabilité politique dans ces années vient remettre en cause ce projet, et rien ne se fait pendant soixante ans.

1883, un nouveau projet se concrétise enfin : un monument à la mémoire des Girondins et donc célébrant la République, virage à 180° par rapport au projet initial ! Le monument, et particulièrement l’immense colonne de 43 mètres de haut (54 mètres en comptant la statue qui la surmonte), n’est achevé qu’en 1902. Le Monument aux Girondins rend hommage aux députés Girondins exécutés pendant la Terreur, principalement en octobre 1793.

La Belle Endormie nous rappelle encore que même loin de Paris, elle a beaucoup fait pour la France.